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William Klein - contacts peints 1990-2002

 

Sur le marché de l’art contemporain, la valeur d’une œuvre s’apprécie selon trois critères : la nouveauté de la démarche de l’artiste au regard de l’histoire de l’art, la rareté et l'authenticité de l’objet, trois critères qu’on peut ramener à un seul, son originalité.

Pour accéder aux honneurs de l’art, la photographie a dû s’appliquer ces critères. Non sans mal. En effet, au-delà de sa qualification comme œuvre d’art, le caractère multipliable d’une photographie[1] pose un problème technique au marché[2].

 

Certes, ce problème n’est pas nouveau, les sculptures et les lithographies ont déjà donné lieu à l’instauration de règles d’authenticité et de numérotation, purement conventionnelles. Avec la photographie, la question se pose néanmoins avec une intensité particulière du fait de la multifonctionnalité (la photographie n’est pas qu’un art) et de son caractère familier car - à la différence de la sculpture ou des lithographies - c’est un objet usuel, de consommation courante.

Institutions et acteurs privés mettent alors progressivement en place des règles qui organisent la rareté, comme la numérotation des tirages et la valorisation de la signature. Une hiérarchie est établie, conduisant par exemple à l’instauration de vintages, photographies tirées par l’auteur ou sous son contrôle au moment de la prise de vue et à la généralisation des tirages limités, numérotés et signés. Cela conduit parfois à des contorsions surréalistes lorsque, par exemple, le photographe détruit ses négatifs pour garantir la rareté de ses tirages.



[1] A partir d’une matrice unique, négatif, fichier numérique ou tirage, on peut réaliser plusieurs « originaux ».

[2]Problème que ne pose pas un daguerréotype ou un photogramme ou les polaroïds couleur qui sont des « images uniques ».

 

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Eugène Delacroix par Leon Riesener Daguerréotype 1842

 

 

L’existence de multiples permet aux acteurs de développer différentes stratégies. Ce peut être pour la valorisation des œuvres quand, par exemple, les marchands placent un exemplaire d’une série dans une institution, un autre dans une collection renommée. Le prestige de ces ventes rejaillit sur les exemplaires restants qui sont très vite recherchés (effet de qualité et de distinction). Il peut aussi s’agir de stratégie de différentiation sur différents marchés, à l’instar du photographe Martin Parr, photographe de renom qui travaille ainsi à la fois pour la presse et le marché de l’art, et est représenté tant en galeries que par l’agence de presse Magnum. Dans certains cas, les photographies sont vendues sous forme de droits de reproduction, dans d’autres, elles sont numérotées et signées, etc.

 

Le marché de l'art contemporain - Nathalie Moureau et Dominique Sagot-Duvauroux - La Découverte 2010

 

Le nombre d'exemplaires dépend surtout du format : plus le format est grand, plus les éditions sont limitées, sachant qu’une même image est souvent disponible en plusieurs formats.

Concernant les prix une pratique anglo-saxonne tend à rendre les dernières épreuves de chaque édition plus onéreuses que les premières, en appliquant le principe de raréfaction sur le marché.

A ces éditions limitées s’ajoutent des épreuves d’artistes dont le nombre varie généralement de 1 à 3, voire des épreuves d’exposition, qui échappent à la logique de l’édition limitée et sont détruites après présentation.

 

Quentin Bajac  "Après la photographie, de l'argentique à la révolution numérique" Découvertes Gallimard 2010

 

 

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Marc Riboud Huang Shan Chine 1983

 

 

La hiérarchie des tirages anciens ou de presse

 

 

- Le vintage, tirage contemporain à la prise de vue, fait par le photographe ou sous son contrôle direct;

- Le tirage original fait à partir du négatif original mais qui peut être fait postérieurement par le photographe ou sous son contrôle ;

- Le retirage, tirage effectué après la mort de l’auteur à partir du négatif original ;

- Le contretype, obtenu à partir d’une épreuve photographique re-photographiée.

 

A cette distinction s’ajoute une classification en fonction de la destination du tirage. Sont ainsi distingués :

- Epreuves de lecture, tirage intermédiaire réalisé par le photographe avant le tirage définitif;

- Tirages de presse, destinés aux entreprises de presse en vue de la publication ;

- Tirage définitif, dont la destination est normalement l’exposition et qui constitue l’œuvre finie (taille, contraste…).

 

Dans la photographie contemporaine, la signature et la numérotation sont de règle. La réglementation l’impose pratiquement en France depuis le décret du n° 91-1326 du 23-12-1991 qui stipule « Sont considérées comme œuvres d’art les photographies dont les épreuves sont exécutées soit par l’artiste, soit sous son contrôle ou celui de ses ayants droit et sont signées par l’artiste et authentifiées par lui-même ou ses ayants droit et numérotées dans la limite de trente exemplaires tous formats et supports confondus. Toute épreuve posthume doit être indiquée comme telle au dos de façon lisible. »

La numérotation fait cependant l’objet de pratiques parfois peu scrupuleuses. Elle est souvent associée à un format donné, la même image pouvant être tirée en plusieurs dimensions. Rien à redire s’il s’agit d’une simple pratique commerciale visant à différentier les marchés et clairement connue des collectionneurs ; pratique plus contestable quand elle est effectuée a posteriori, pour continuer à exploiter une image recherchée mais épuisée. Pratique enfin parfois critiquable d’un point de vue esthétique, si l’on considère qu’à une image correspond un format optimal qui constitue l’original.

 

 Dominique Sagot-Duvauroux "Le marché de la photographie contemporaine est-il soluble dans celui de l'art contemporain ?"

 

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Jean Marais par Raymond Voinquel 1938

 

Toutefois, personne ne contrôlant bien ces pratiques, des experts sont désormais capables à partir de la composition de l’émulsion et du papier de dire, en théorie, de quelle époque date un tirage [1].

 

Technologies de tirage et espérance de conservation

 La fragilité de certaines techniques rend problématique la conservation des photographies, qu’il s’agisse de supports historiques comme les négatifs nitrate du début du XXe siècle, des tirages couleur chromogènes depuis le début des années 1960 ou de la pérennité sujette à caution de certaines impressions numériques.

En effet, depuis les années 199O, l’avènement de l’impression numérique qui a supplanté le tirage argentique, a suscité des interrogations chez les artistes, les galeristes et les acheteurs sur la pérennité des tirages.

 

Le support de départ n’est plus un négatif, mais un fichier numérique. Deux technologies entrent en concurrence : le jet d’encre et le procédé argento-numérique. Encapsulées dans des résines résistantes à la lumière, les encres pigmentaires sont considérées comme le nec plus ultra. Certains fabricants ont créé des labels, comme Epson en 2003 avec Digigraphie. Ils annoncent une durabilité de plusieurs siècles à condition d’avoir respecté les règles imposées.

 

Télérama Spécial Paris Photo Le guide du collectionneur Photo (2008)

 


[1] Hors-série Sciences Humaines sur l’art (2002) Photographies : les voies de la reconnaissance : entretien avec Françoise Denoyelle.

 

 

 


Julien Benard - La photocopieuse 

 

 

 

Abécédaire des procédés photographiques (ARCP)

Agathegaillard.com/ Description des usages en photographie

Photographie.com/ Collection : le pari de la photo par Roxana Azimi

 

 

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Franck Juery - Série Barfleur

 

Yellowkorner.com/ le concept