10 août 2009
Magiques autochromes du Musée Albert Kahn
Bénin
En quelques années, le jeune Albert Kahn fit fortune dans la banque, notamment en spéculant sur les mines d’or et de diamants d’Afrique du Sud. L’homme mûr se fit mécène de nombreux projets philanthropiques visant à favoriser la « compréhension entre les peuples et la coopération internationale ».
En particulier, il a financé des missions photographiques et cinématographiques dans plus de 60 pays, témoignant du quotidien des habitants du monde au début du XXe siècle (Les archives de la planète).
Deux inventions récentes des frères Lumière furent ainsi mises à contribution : le cinématographe (1895) et l'autochrome (1907).
Riche d’une collection unique de 72 000 plaques autochromes, le musée Albert Kahn en donne un aperçu à l’occasion d’expositions.
-
Thessalonique
Jusqu’au 30 août 2009, un échantillon d’autochromes pris en Inde du Nord est exposé (Infiniment Indes).
Pour des raisons compréhensibles de conservation d’une collection fragile, ce qu’on nous donne à admirer, ce sont des « agrandissements de tirages modernes transparents présentés dans des caissons lumineux ». Ils permettent de se faire une assez bonne idée de l'aspect des autochromes tels qu'ils étaient projetés. En, effet, un autochrome est une diapositive en couleur sur verre, qui requiert d’être éclairée au verso pour être regardée. Le format le plus courant pour une projection collective était de 9 cm sur 12 (il est possible de voir quelques fac-similés).
Norvège
Ce procédé lancé en 1907 était alors sans équivalent dans la qualité de rendu des couleurs, des matières, des transparences et des atmosphères lumineuses. Il connut de multiples améliorations avant d’être supplanté en 1931 par le lancement du Filmcolor qui se substitue à l'autochrome. « La plaque en verre, lourde et fragile est remplacée par un support souple en nitrate de cellulose » (Plus...).
Une exposition qui plaira à quiconque s’intéresse à la photographie et à l’Inde, sans compter le plaisir de profiter aussi des
-
Ahmedabad 20/12/1913 - Dévots au temple jaïn de Hathi Singh
10 janvier 2009
Le maton de la Gare de l’Est
Présumés coupables, livre et expositions de Raynal Pellicer
Besoin d’une photo d’identité 3.5 x 4,5 cm pour obtenir un laissez-passer au Louvre. Le photographe en bas de chez moi ayant laissé place à une enseigne de chocolaterie belge, direction la Gare de l'est dans laquelle je découvre qu’un centre commercial a envahi la gare en même temps que sa rénovation.
Le long du mur de façade, à l’intérieur, je soupire d’aise à la vue d’une cabine portant le nom du monopole immuable : un Photomaton.
Ici me promet-on, on garantit des photos d'identité "agréées pour la réalisation de papiers officiels". Trop bath !
Quand on appuie sur la touche kaki (couleur prémonitoire), l’appareil se met à parler.
Et là ça ne rigole plus du tout : une voix féminine synthétique vous indique avec fermeté ce que vous devez faire : Une litanie de consignes aussi inattendues que « ne pas pencher la tête », « se tenir la bouche fermée » ou la très bloquante « ne pas sourire ».
« Ne pas sourire » : y a-t-il consigne plus incongrue depuis l’invention de la photographie qui, dès que le temps de pause put être réduit, fit naturellement du portrait son genre de prédilection ?
Adalbert Cuvelier Portrait d'homme vers 1852
L’avantage du numérique, c’est que les photos sortent relativement vite.
Sans surprise, au premier coup d’œil, je sais que je détesterai ce cliché.
Patibulaire. Si je me croise, je sursaute et m’enfuie. Avec une gueule pareille, pas d’échappatoire, t’es forcément présumé coupable, derechef incarcéré.
Ma seule consolation, c’est qu’on est des millions à tirer la gueule de la même manière pour respecter des normes nécessaires au contrôle social.
Heu ! A la réflexion, ce n’est pas vraiment une consolation, plutôt un symbole.
Cette époque anthropométrique peut foutre un peu les jetons, non ?
Camp de Saliers en Camargue 1942-1944
Le portrait n’est pas l’un des genres de la photographie. Il est la photographie.
Blaise Bonnevide Portrait carte de visite pris à St Louis du Sénégal vers 1884
Car regarder un portrait photographique, cela ne consiste pas seulement en une expérience de curieux ou d’ethnologue. Cela suppose de croire à la supériorité du réel sur l’idéal. De croire que l’ici-bas vaut tous les au-delà. Voilà pourquoi le portrait n’est pas l’un des genres de la photographie. Il est la photographie. Il en constitue l’apothéose. Il réunit en lui tous les dogmes de la religion moderne. Le désir d’être vu ; la peur de déchoir, de vieillir, de disparaître.
Face à une peinture qui, vaincue par KO, a déserté le genre, le portrait photographique est l’idéal d’une civilisation sans idéal qui recherche, inlassablement, dans le regard de chacun de ses membres, la confirmation de sa propre existence.
François Granon pour Télérama à propos de l’expo portraits-visages à la BNF Richelieu. Nov. 2003
20 décembre 2008
Les séries d’Alec Soth
Au Jeu de Paume, j’ai eu le privilège d’une visite d’une heure pour moi tout seul commentée par un jeune homme qui connaissait très bien son affaire.
Sur les conseils d’Emerick, je venais pour Alec Soth.
Le conférencier m’a d’abord utilement précisé la distinction entre reportage (couverture d’un évènement pour la presse) et documentaire. Alec Soth s’inscrit lui dans la filiation d’un documentariste comme Walker Evans , et non d’Ed Ruscha (les Gasolines stations), comme je le croyais, et dont la démarche est celle d’un photographe plasticien.
Ce photographe travaille en séries, mais mon guide m’a accordé que c’était la démarche conseillée à tout candidat à la photographie professionnelle.
Il n’est pas novateur. « Mais alors pourquoi est-il devenu la nouvelle coqueluche de la photographie ? » lui ai-je demandé. « Parce qu’il est bon. - En quoi l’est-il ? »
Mon guide a fait référence au concept de « punctum » de Barthes (La chambre claire) : le détail, la partie de photo sur laquelle le regard accroche, qui suscite l’intérêt, par exemple le gamin sans chaussure dans la famille recomposée qui pose à l’occasion de leur remariage.
Sur la question de savoir s’il y avait des photographes français novateurs aujourd’hui et en quoi ils l’étaient ? Il m’a cité deux photographes dont Jean-Marc Bustamante qui travaille en séries et dont la particularité des photos est de n’avoir aucun punctum.
J’ai oublié ce qu’il m’a répondu lorsque je lui ai demandé comment de telles photos pouvaient alors échapper à l’ennui de la banalité.
Les grands formats de Soth sont réalisés avec une chambre grand format, les moyens avec une chambre moyen format, et il me rappelle que ce dont il est question c’est de la taille du négatif et donc des possibilités d’agrandissement sans perte de définition. Après, ce qui peut changer, c’est l’objectif. Il en va d’ailleurs de même avec les numériques.
Dans la salle « Dog days Bogota », mon guide m’apprend qu’il vient de la capitale de la Colombie. Il s’appelle Juan.
Jeudepaume.org/ Entrevue avec Alec Soth
The Farm Angola State Prison (Sleeping by the Mississipi)
Christina and Jonathan (Niagara)
24 novembre 2008
Poursuivis par le passé
La vie moderne Raymond Depardon
Paul Virilio cite cette phrase d’Octavio Paz que je trouve intéressante : « L’instant est inhabitable, comme le futur ». Donc il n’y a que le passé. Nous, hommes d’images, sommes tout le temps poursuivis par le passé. A l’instant où j’ai filmé cette femme chipaya dans l’Altiplano bolivien, je suis dans le passé. Dès qu’on fabrique une image, on est dans le passé. Le passé possède une force particulière car il nous renvoie à des choses importantes que nous ne voulons plus trop voir. C’est très différent de la nostalgie d’une époque révolue. C’est le passé en tant que présent qui m’intéresse. Fabricants d’images et de sons, nous sommes confrontés à l’enregistrement qui, instantanément, fabrique de l’histoire.
Raymond Depardon dans le Monde 2 du 22 novembre 2008, à l’occasion de l’exposition Terre Natale. Ailleurs commence ici à la Fondation Cartier pour l'art contemporain
Nouvelle photographie
Toutes les photographies ont été prises, celles qui ne l’auraient pas encore été le sont en ce moment par les millions d’objectifs qui enregistrent tout, anonymement, à travers le monde. Que reste-t-il au photographe qui n’a pas épuisé son plaisir de voir ? Collecter des visions, les ordonner pour construire de nouvelles sensations du voir… J’ai « arrêté la photo », parce que j’avais la conviction que c’était fini, que cette étape de l’histoire de la photographie dans laquelle je m’étais inscrit, « la mise en scène photographique », était le chant du cygne de la photographie, le dernier stade avant le règne de l’image pure, numérique, publicitaire. Un moment où l’on croyait encore suffisamment au pouvoir de vérité de la photographie pour s’offrir le luxe de construire des fictions vraies.
Bernard Faucon Le temps d'après (depuis 1997)
La mise en scène photographique désormais la plus facile est celle qu’on réalise sur l’ordinateur pour produire des images inédites, imaginées, fantasmées, impossibles, avec deux options extrêmes : surprendre, faire réfléchir par la recherche de vraisemblance, ou assumer l’invraisemblance à l’instar du bon vieux collage.
Ce WE dans le Monde 2, le photographe Meyer de Tendance Floue, par d’habiles photomontages installe des intouchables dans des lieux dont ils sont exclus, il en fait de même mais de manière volontairement non vraisemblable avec ses portraits décalés africains, dans lesquels le portraituré choisit son arrière plan dans une bibliothèque de photos.
En revanche, contrairement à ce qu’on pourrait penser sans information complémentaire, Denis Darzacq ne fait aucun montage dans ses étonnantes séries La chute, Hyper ou Nu, pas plus d’ailleurs que Philippe Ramette.
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
PS Objectivités, la photographie à Dusseldorf au MAM de Paris : la plupart des anciens élèves des Becher travaillent eux aussi avec l’ordinateur (Gursky, Ruff...)















