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Joel-Peter Witkin Bacchus Amelus, New Mexico - 1986

 

Monogramiste M (XVIe siècle)

La Mort surprenant une femme, d’après Michel-Ange. Burin BnF

 

 

La vie est un combat et je la montre telle qu’elle est réellement. La mort fait partie du cycle de la vie. Tout le monde a peur de mourir, mais tout le monde doit mourir. Toutes les croyances des hommes sont égales devant la mort. Pour moi, elle est la transition qui précède la vie éternelle. La mort est un don sacré. Mon travail a toujours donné à voir la splendeur et la misère de la condition humaine. C’est le sens de l’art de Vinci, de Velázquez, de Goya ou de Dix. La sexualité hors normes a toujours existé.

 

Entrevue avec Joël-Peter Witkin dans Chroniques de la BnF n° 62

 

Tapez « Joël-Peter Witkin BnF » dans un moteur de recherche sur la toile, et vous trouverez bien peu de presse. L’exposition « Enfer ou Ciel » à la BnF Richelieu risque de passer inaperçue et ce serait bien dommage.

En quelques lignes et un seul argument, Télérama conclue lapidaire « on n’aime pas ». En bien plus développé, L’Humanité pas davantage : « un phénomène de mode, tendance macabre ? ». Connaissance des arts lui déconseille l'exposition "aux âmes sensibles » (mais c’est aussi une manière d’en faire la publicité).

Le problème ? Blocage épidermique pour cause de tabous.

Le principal : la mort et sa représentation en photographie. Dans une moindre mesure, la mise en scène de « freaks » (« monstres ») en général nus, de la souffrance et de connotations érotiques, souvent hors normes.

 

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Joel-Peter Witkin Hermes, New Mexico 1981

 

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Diane Arbus Nain mexicain dans sa chambre d'hôtel 1970

 

Je crois n’avoir jamais eu aucune appétence pour la mort et le morbide, encore moins pour la souffrance, le SM et leurs représentations, pourtant, ce que j’ai pu voir de l’œuvre de Witkin ne m’a nullement révulsé. D’ailleurs, comme le souligne la journaliste de l’Humanité sans en tirer à mon avis la bonne conclusion : « cette œuvre ne fait pourtant ni scandale ni blasphème. Vous ne verrez pas les ligues catholiques l’attaquer comme cet été, en Avignon, celle, si subversive, d’Andres Serrano (...) »

Quelques natures (trop évidemment) mortes ne peuvent disqualifier toute l’œuvre

Que son travail artistique puisse déranger, quoi de plus normal ! Qu’est-ce que de l’art qui ne dérange pas ? Du décoratif.

 

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Andres Serrano The morgue : Pneumonia Drowning 1992

 

Que resterait-il de l’histoire de l’art sans les thématiques d’Eros et Thanatos ? Que resterait-il dans nos musées si l’on enlevait toutes les œuvres figurant le Christ crucifié et ses martyrs, "la grande faucheuse" et les Vanités (Joel-Peter Witkin professe sa foi chrétienne) ?

Un grand vide. Et c’est d’ailleurs en cela que réside tout l’intérêt de présenter en parallèle une sélection choisie par l’artiste d’estampes de la collection que conserve la BnF.

Cette « double » exposition permet à la fois d’établir des relations iconographiques et plastiques, entre les œuvres du photographe et les gravures, et d’en valider de manière évidente la légitimité.

 

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Joel-Peter Witkin Penitence, New Mexico 1982

 

Avec Joel-Peter Witkin, il ne fait également aucun doute qu’on a affaire à un art «d’images baroques et très construites souvent imprégnées d’une dimension morbide » (Quentin Bajac[1]), autant que d’un art savant de la citation « saturé de références aux maîtres du passé » picturales et photographiques (Gattinoni et Vigouroux[2]).

Enfin, une photographie de Witkin est bien plus que le tirage d’une prise de vue, c’est un véritable tableau dont l’exécution commence avec l’organisation de mise en scène photographique (sur une vidéo réalisée pour la galerie Baudoin Lebon, on le voit peindre un décor), viennent ensuite les manipulations dans son laboratoire, chimiques, mais aussi de traitement du négatif par grattage, arrachement, abrasion, gribouillage, incision, enfin il intervient souvent sur le tirage même par rehauts de peinture ou couverture d’encaustique.


[1] Après la photographie Découvertes Gallimard 2010

[2] La photographie contemporaine Editions Scala 2002

 

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baillyautoportraitavecsymbolesdevanites1651
 
Bailly Autoportrait avec des symboles de vanité 1651

 

Une conséquence de sa manière de procéder, est qu’il a ainsi réglé le problème de la nature de multiple de la photographie, en produisant peu d’exemplaires, souvent des exemplaires uniques.

A 73 ans, l’artiste sûr de son talent, pète la forme et se dit » heureux », car il se « prépare au couronnement de la carrière de tout artiste : mourir » ...

 

HODIE MIHI, CRAS TIBI (aujourd’hui moi, demain ce sera toi)

« Pêcheur, voy ta misère et ne sois plus si vain. Je suis mort aujourd’hui, tu le seras demain ; ce matin je vivais, et j’ay cessé de vivre : tu dois qui que tu sois, attendre un même sort.

Mais songe, malheureux avant que de me suivre qu’on passe en un moment de la vie à la mort. »

 

Burin gravé sur quatre plaques « grand squelette étendu » 1650


 

joelpeterwitkinrecentworks

Joel-Peter Witkin The Paris triad : the reader, Paris 2011

 

duanemichalssalvation

Duane Michals Salvation

 

 

 

 

Le dossier de presse de l'exposition

lemagazineever.com/Joel-Peter Witkin masterclass

Photosapiens / Photopoche n° 49 Joel-Peter Witkin

 

L'organisation de la rareté sur le marché de la photo d'art

Chasseurs d'éphémères : Sturges et Mokhorev